Nomination du premier membre d’honneur de la FFPN : Pierre Blanc-Sahnoun

Un entretien de Catherine Verhilac
Tu m’as dit « Je suis très honoré »
Tu m’as dit, Pierre, « Je suis très honoré » quand je t’ai demandé ce que tu pensais de cette nomination à mon initiative et aussitôt confirmée par tous les membres présents du CA de la FFPN.
Tu as ajouté, à propos de ta rencontre puis ton engagement dans les pratiques narratives « Tout cela s’est fait sans intention » ; « Partager un truc super avec d’autres personnes que j’aimais bien, s’amuser ensemble, c’était très ludique ».
Avec ces métaphores dont tu as le secret, tu m’as confié « j’avais l’impression de piquer dans le frigo des Australiens pour préparer un piquenique ».
« Qui suis-je pour créer une école ? » t’es-tu demandé, toi qui as formé tant de praticiens et praticiennes narratives, qui a écrit tant de livres et de préfaces, inspiré tellement de personnes, incité bon nombre d’entre nous à former, à écrire, un livre ou un chapitre ou plusieurs…
Et sur ton parcours, des rencontres, comme Martine Compagnon, « qui a fait résonner son propre instrument dans cette chorale d’intentions subversives et joyeuses ».
« C’est vertigineux de me retrouver membre d’honneur alors que c’est parti un peu comme une blague au début ».
C’est cette valeur « croire dans les gens avant qu’eux-mêmes y croient, penser que c’est possible, qu’on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise » qui t’accompagne, comme quand tu rencontres Marie Tout Court dans un atelier organisé par la FFPN « qui te transperce et insère les pratiques narratives telles une pierre précieuse dans un bijou qu’elle a forgé elle-même ».
Des souvenirs lumineux ?
Plusieurs…
…quand tu as chanté à la Master class de La Fabrique Narrative en 2024, quand tu as formé Jeanne, inventé la biographie augmentée et que ça fonctionne ; et encore « le souvenir, magnifique, des premiers séminaires avec David Epston quand il venait en France…
…et puis ce premier matin en novembre 2008 en Australie pour Power of Songs, ce séminaire d’écriture de chansons narratives, avec David Denborough. Cette sensation de densité existentielle, la puissance d’un sentiment de bonheur dans la rue au printemps, là-bas, après avoir quitté l’automne ici ».
Ta contribution Pierre à la diffusion et au rayonnement des pratiques narratives en France est évidemment majeure.
Tu étais aussi dans le premier CA de la FFPN à sa création en 2018.
Peu soucieux de pouvoir, « les titres m’ont toujours donné envie de disparaitre », et plus soucieux de « préserver l’esprit des pratiques narratives, comme une façon de penser, une manière de vivre, d’être au monde, une façon de considérer le réel » et ton « indignation permanente face à l’injustice sociale », ta conscience exacerbée des privilèges sociaux. Tu souhaitais qu’on n’oublie pas tout cela.
« L’identité reliée des idées narratives donne une responsabilité infinie sur la parole, sur ce que nous faisons », tu soulignes ton aversion pour « la police narrative et toute tentative d’une normativité ».
Et pour finir Pierre, tu nous proposes « d’inventer, de prendre les idées narratives de façon sérieuse, sincère et fidèle, mais d’inventer, en prenant garde à l’orthodoxie qui tue tout ».
Tu nous encourages tous et toutes très fortement à cela, avec une vigilance joyeuse.
Maintenant, tu as vraiment démarré ta carrière de musicien. Mais tu continues à écrire, partager, « l’approche narrative c’est la meilleure expérience de ma vie », conclus-tu.
Merci beaucoup Pierre pour cet échange.
Je me sens très honorée moi aussi.
Merci d’avoir accepté de devenir membre d’honneur de la FFPN. Tu teintes notre association de belles valeurs d’humanité et de justice sociale.
Catherine Vérilhac
